Idée reçue : Fumer peu, fumer light, ce n'est pas dangereux 1/2
Dans une étude récente sur 23000 fumeurs (Bjarrtveit et al., 2005), il a été montré
que le risque de mourir d’accident cardiaque ou de cancer du poumon est nettement
renforcé même pour une consommation minime, de 1 à 4 cigarettes par jour. Cette
étude est innovante dans le sens où elle a aussi étudié les « petits fumeurs », en
particulier les femmes : jusqu’à ce jour, les études ne s’étaient intéressées qu’à des
fumeurs de 20 cigarettes par jour en moyenne.
En ce qui concerne le cancer du poumon, c’est la durée du tabagisme qui est un
facteur aggravant : Risque = Dose x Durée
4,5 (durée à la puissance 4,5).
Cela veut dire qu’à durée égale, quand la dose double le risque est multiplié par
2,
mais qu’à dose égale, quand la durée double, le risque est multiplié par
20 à 23 !
Avec une consommation modeste de 1 à 4 cigarettes par jour, les risques de décès
par cancer du poumon sont multipliés par cinq pour les femmes.
Idée reçue : Fumer peu, fumer light, ce n'est pas dangereux 2/2
Pour les décès par maladie cardiovasculaire, les risques sont majorés d’un facteur
trois, comparable aux risques encourus par les « gros fumeurs ».
Le fumeur peut modifier son comportement tabagique (bouffées plus importantes,
plus longues…). afin de maintenir son apport de nicotine. C’est ce qu’il fait s’il est
privé de fumer pendant un certain temps (transports, cinéma, lieux publics). C’est
aussi ce qu’il fait s’il fume des cigarettes soi-disant « légères ». Ceci a été
définitivement démontré par l’étude de Jarvis et coll. (JNCI 2001) montrant que quel
que soit le rendement en nicotine indiqué sur le paquet de cigarettes (mesuré avec
une machine à fumer), le fumeur extrait quasiment toujours la même quantité de
nicotine (environ 1 à 1,5 mg de nicotine).
Jacques Le Houezec
Neuro - Pharmacologue, conseil en Santé publique
Références
:
1- Le Houezec J, Benowitz NL. Basic and clinical psychopharmacology of nicotine.
Clin Chest Med,
1991; 12 : 681-699.
2- Bjarrtveit K., Tverdal A. Health consequences of smoking 1-4 cigarettes per day. Tobacco Control
2005 ;14 :315-320.
3- Jarvis MJ, Boreham R, Primatesta P, Feyerabend C, Bryant A. Nicotine Yield From Machine-
Smoked Cigarettes and Nicotine Intakes in Smokers: Evidence From a Representative Population
Survey. J Natl Cancer Inst, 2001; 93 : 134–138.
Idée reçue : Fumer lorsque l’on a un traitement par substituts nicotiniques est dangereux
Il n’est pas dangereux de fumer tout en prenant des
substituts nicotiniques
Ce n’est pas la consommation de la nicotine qui est toxique dans la cigarette, mais
l’inhalation d’environ 4000 substances toxiques dans la fumée du tabac
Cela n’est pas plus dangereux que
lorsqu’une personne fume quelques cigarettes en plus de sa consommation
habituelle, dans une soirée
. Ce qui est dangereux c’est de fumer, mais ce n’est pas
l’association avec le patch.
Si, même sous substituts nicotiniques, le fumeur fume fréquemment, c’est qu’il est
probablement sous dosé
Dr. Marion Adler
avec un patch, on rallonge le temps de sevrage car les récepteurs nicotiniques du cerveau
mettront plus de temps à se fermer. Ce n’est pas un danger, mais les risques de reprise du
tabagisme sont plus importants.
substances cancérigènes ou responsables d’athérome.
La nicotine est, en revanche, une drogue très puissante rendant dépendant très rapidement
à la cigarette. Mais elle n’est pas un élément toxique de la cigarette !
Elle n’est ni cancérigène, ni mauvaise pour le coeur, ni pour les poumons.
Si l’on fume avec un patch ou bien après avoir pris des gommes ou des pastilles à la
nicotine, on augmente son taux de nicotine.
.Un traitement associant les
substituts nicotiniques au tabac peut même être
nécessaire.
Une stratégie de réduction du tabagisme peut être
proposée comme première étape vers un sevrage
complet, chez des patients qui sont confortés et rassurés
par cette étape intermédiaire. Il existe en effet de nombreux fumeurs qui n’envisagent pas
d’arrêter immédiatement de fumer. Il est important de proposer à ces patients mais aussi à
ceux qui sont rassurés par une réduction progressive du tabagisme avant l’arrêt total la
stratégie d’association des substituts nicotiniques aux cigarettes. Elle permet ainsi une
diminution efficace de l’intoxication tabagique.
Si beaucoup de patients ne débutent pas de sevrage par crainte d’être impérativement sans
cigarette, c’est parce que l’idée de l’association entre tabac et substituts nicotiniques est
encore injustement perçue comme dangereuse.
Il n’y a pas de petite consommation qui ne serait pas dangereuse. Tout produit fumé est toxique par
essence. C’est le produit de la combustion qui est dangereux. En particulier, les goudrons (carcinogènes) et aussi, surtout pour le système cardiovasculaire, le monoxyde de carbone (CO). Celui-ci est présent car la combustion n’est jamais complète (sinon il se produit du CO
2). C’est pourquoi la fumée passive de tabac est aussi très dangereuse. Les cigarettes légères ne sont pas moins nocives, toutes les cigarettes sont aussi dangereuses. Le fumeur, en modifiant sa façon de fumer, peut extraire la quantité de nicotine dont il a besoin. C’est d’ailleurs pour cela que l’Europe a fait interdire l’utilisation des termes « légères » ou « ultra-légères », ou tout autre qualificatif qui tromperait le fumeur.





